Terres de traverse : d’où ça vient ?

J’ai créé Terres de traverse parce que je ne veux pas traverser la vie comme une somnambule, selon un modèle établi par défaut et que trop peu d’entre nous remettent en question.

Ce que je veux, c’est choisir ce qui entre dans ma vie. Être maître, autant que possible, de mon temps et de mon attention. Je veux de l'espace dans ma tête pour penser, pour observer, pour ressentir, flâner et m’égarer dans des questionnements existentiels infinis. Je n’aime pas que l’on me force à consommer ce que je n’ai pas choisi. Mon esprit étant toujours par monts et par vaux, et afin de préserver mon équilibre, j’accorde une grande importance à la qualité de mon quotidien : je tiens à choisir le quoi, le quand, et surtout le comment de ce qui passe la porte de ma tête.

Nous sommes vissés à nos téléphones du matin au soir, aspirés dans un scroll sans fin et empêtrés dans une sorte d’urgence à tout partager, et tout cela nous éloigne non seulement de la vraie vie mais aussi de nous-mêmes. Cela nous pousse de plus en plus loin des autres et de leur présence physique. Souvent, la nostalgie étreint mon cœur : je me souviens de ce que ça faisait de vivre sans toute cette technologie, et je regrette que ces frontières aient été brouillées par le “progrès”. Avec cet objet à la main, ce n’est que la moitié de nous que nous présentons aux autres. La moitié de notre attention, aussi, dans le meilleur des cas. Mais moi, je ne veux pas de demi-mesures. Les personnes et les choses que j’aime, je les veux en entier.

Insatiable lectrice, adepte d’écriture à la main et de photographie, amoureuse de la nature et des longues discussions à refaire le monde, j’ai parfois la sensation que cette simplicité de vivre est devenue une rébellion en soi. Et cela m’attriste. Je sais pourtant que je ne suis pas la seule. Et je crois que ce désir collectif de moins de technologie n’a finalement pas grand-chose à voir avec la technologie elle-même, mais plutôt avec ses conséquences sur nous autres humains. Avec ce que cela nous fait. Personnellement, en tant que personne hypersensible, porteuse de plusieurs formes de neuroatypies, je me sens très vite submergée par tous les stimuli et distractions du monde moderne qui m’empêchent de penser clairement. Alors, je protège farouchement ce qui me permet de me sentir bien : mon temps et la qualité de mon attention. Ma bulle, comme j’aime appeler affectueusement mon univers intérieur.

C’est aussi ce qui m’a inspiré ce nom, Terres de traverse : l’idée d’un espace où rien ne presse, où l’on peut explorer en toute liberté, sans devoir immédiatement définir, classer ou choisir une direction précise. J’y rassemble des réflexions sur notre expérience humaine : les chemins de traverse que nous empruntons et qui s’avèrent parfois sans issue, ceux qui au contraire nous rapprochent de nos rêves, les petits bonheurs du quotidien, la beauté dans l’ordinaire, les questions existentielles (que j’affectionne tout particulièrement)… bref, tout ce qui mérite notre attention.

Je ne peux pas vous faire de promesses quant à ce que vous trouverez sur ces terres, car les chemins de traverse ont rarement l'élégance de nous mener là où nous pensions aller. Mais j'espère que vous y trouverez, de temps à autre, un peu de compagnie dans votre propre quête existentielle, et aussi quelques mots à poser sur votre propre monde intérieur. Et, surtout, qu’ici vous vous sentirez libres d'exister en entier.

Quelques mots à propos de moi

Je suis Veronica, accro aux carnets de chez Søstrene Grene, écrivaine et amoureuse des mots tout autant que de l’idée d’une Analog Happiness.

Mon bonheur, je le trouve dans les livres, les sessions d’écriture à la main, la photographie, les balades en nature, les longues conversations qui commencent quelque part et finissent toujours ailleurs, les moments de tendresse avec les animaux, la musique, les séries bien fichues. Et, bien sûr, j’aime par dessus-tout réfléchir, à tout et n’importe quoi, encore et encore. J’aime prendre le temps de prendre le temps, et être pleinement là, avec mes proches comme avec mes passions.

Comme beaucoup de personnes très sensibles et intenses, j'ai passé une grande partie de ma vie à tenter de me rendre plus acceptable, plus "normale", à faire des contorsions émotionnelles pour être aimée... Jusqu'à en oublier qui j'étais. Cela m'a coûté cher, très cher. Ma santé mentale, mon estime de moi. La vie, presque. Alors j’ai cherché une autre façon d’exister, une manière d’être qui me donnerait vraiment l’impression de vivre et pas seulement de survivre. Et ce chemin, il commence par l’acceptation de soi. Parce que vivre à contre-soi, c’est l’autoroute vers une vie sans saveur. Et vers la dépression.

Exister en entier, mon premier livre, est né de cette “traversée”. Il raconte ce que l’on ressent lorsqu’on se sent en décalage permanent avec les autres et avec le monde — et comment retrouver le chemin vers soi. D’autres projets sont en route. Ici, j’écris, je cherche, j’observe, je questionne (tout). Et parfois, je change d’avis, aussi. Bienvenue dans mes pensées de traverse.

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