Quand est-ce devenu normal de vivre aussi vite ?
Cet article fait partie d’une série de 3 textes consacrés à la qualité de notre présence (étroitement liée à la qualité de notre vie).
Je crois que le monde devient fou. Parfois, cette vie moderne me fait l’effet d’un mauvais film bloqué sur la touche avance rapide. Tout va si vite. Trop vite, beaucoup trop vite. Le culte de la performance et du “toujours plus vite” est tellement épuisant pour les êtres de traverse… Et pourtant, on se sent inexplicablement coupable lorsqu’on essaie de lever le pied et de ralentir. De mettre le film sur pause le temps d’un instant. Même quand on parvient à s’octroyer quelques heures (parfois seulement quelques minutes) de repos, il y a cette étrange sensation de rater quelque chose qui s’insinue dans notre tête. Comme si le fait de prendre le temps de faire quelque chose nous mettait en retard pour autre chose, nous donnant au passage l’impression d’être paresseux et incompétents.
De toute façon, ces moments-là sont de plus en plus rares, parce que notre attention est sans cesse dispersée dans la frénésie de cette ère digitale. Il devient vraiment compliqué de se concentrer plus de quelques minutes sur un sujet, y compris ceux qui pourtant nous intéressent. En tant que personne sensible, friande de profondeur, ce constat m’attriste au plus haut point. On ne sait plus être simplement présent, ici et maintenant, on ne sait plus prendre le temps. Prendre le temps de prendre le temps.
La douceur de vivre serait-elle devenue incompatible avec le monde moderne ?
Mais je crois que nous allons droit dans le mur en “vivant” de cette façon. Le besoin de “lenteur” et d’une vie plus douce est souvent relégué au second plan ou, pire, considéré comme un signe de faiblesse - celui des personnes mettant trop de cœur en tout et qui en deviennent, aux yeux de la société, des inadaptés. Alors qu’ils nous permettent une certaine stabilité et une qualité de présence qui change notre relation à la vie — et aux autres. Cette force-là n’a rien à envier à cette société de l’urgence pourtant vantée, voire glorifiée. Parce que ce n’est pas la vitesse qui fait notre valeur, ni la quantité d’objectifs que nous atteignons, qu’ils soient personnels ou professionnels. Bien au contraire, même : vivre dans la précipitation nous limite l’accès à une vie qui fait vraiment du bien. Et nous avons tous grandement besoin de cela.
Je me sens très triste face au constat que notre culture accorde plus d’importance à la réussite qu’à la qualité de notre existence. Et les conséquences sont lourdes : on ne voit plus les petites choses, les petits détails, on ne voit plus le besoin de réconfort dans le regard d’un être cher, on ne voit plus les discrets cadeaux que la vie nous offre pourtant au quotidien. Nous n’avons plus de patience pour rien, et nous finissons, comme tout le monde, par vouloir tout et tout de suite. Les relations n’ont plus le temps de se développer naturellement, notre attention se consume dans un flot constant d’informations et de sollicitations sensorielles. La vitesse va de pair, souvent, avec le vide et la superficialité. Mais la profondeur aura toujours infiniment plus à nous offrir. Et c’est en prêtant attention, vraiment attention, à ce qui nous entoure que nous pouvons en saisir le sens et la beauté.
Je crois que, petit à petit, nous commençons à prendre conscience des dommages causés par le rythme insensé qui nous est, bien souvent, imposé — et qui ne s’arrête jamais. Sauf si nous décidons de descendre du train. Comprendre cela est un premier pas… Poser nos jalons pour vivre autrement en est un autre. Mais pour commencer, on peut simplement presser le bouton pause, se préparer un bon latte, fermer les yeux et inspirer profondément.
— veronica