Pourquoi vivre semble parfois si difficile ?
Cet article fait partie d’une série de 3 textes consacrés à la qualité de notre présence (étroitement liée à la qualité de notre vie).
Je me demande à quel moment le besoin de temps pour soi est devenu une source de culpabilité. C’est vrai, si nous sommes un tant soit peu à l’écoute de nos besoins, celui de ralentir ne nous a sans doute pas échappé. Qui n’aurait pas besoin de lever pied, dans cette folle époque que nous vivons ? Personne, probablement. La fatigue mentale n’épargne personne. Pourtant, même si on sait que l’on devrait, ça ressemble parfois à une mission impossible. Peut-être parce que l’on culpabilise de prendre un moment pour souffler — pour ne pas devenir dingue — alors qu’autour de nous les autres continuent de s’agiter. La frénésie ambiante semble aussi contagieuse que pourrait l’être un virus : tout le monde tente de l’esquiver, mais il est quasi impossible de passer entre les mailles du filet.
Ou peut-être que nous appréhendons le jugement des autres, et ces regards moralisateurs que l’on devine derrière des paroles pourtant “bienveillantes”. Parfois, c’est la peur du conflit qui pousse à se convaincre qu’on peut “tenir encore un peu”. Du temps pour soi, qui n’en rêve pas ? Pourtant, même désiré, il peut faire peur, aussi. Parce qu’alors, le risque est de se retrouver face à soi-même et, peut-être, de devoir affronter certaines choses que l’on préfère ignorer. Pour cela, le rythme de la vie moderne s’avère bien pratique : nous ne sommes presque plus jamais seuls avec nos pensées. Peut-être qu’on rechigne à ralentir parce que nous confondons le repos avec la paresse, hélas monnaie courante dans notre culture de la performance. Comme si ne pas remplir chaque minute qui passe avec des objectifs ou du “rentable” nous faisait perdre du temps. Nous avons fini par croire que notre valeur dépend de ce que l’on produit. Alors que rien ne pourrait être plus faux.
Mais perdre du temps sur quoi ? Sûrement pas sur celui, gigantesque, que nous perdons sur internet et plus particulièrement les réseaux sociaux, happés par cette fourmilière numérique qui nous vide la tête et le cœur. Ils nous font miroiter la connexion facile, et donc le gain de temps d’une certaine manière, alors qu’ils nous dérobent de précieux morceaux de vie qui ne reviendront pas. À mes yeux, tout cela a un côté aliénant qui me déplaît beaucoup, et qui me donne la sensation de me faire manipuler (ce qui est le cas, si on y réfléchit).
Finalement, cette fatigue mentale, je me dis qu’elle essaie simplement de nous faire comprendre que notre cœur est fatigué de vivre ainsi. Qu’il a besoin d’autre chose. De moins, mais mieux. Peut-être est-elle comme une amie discrète, celle qui vient gentiment nous rappeler ce qui compte lorsque nous nous égarons en chemin.
Ralentir, créer l’espace nécessaire pour que les moments de repos soient réellement bénéfiques, n’a rien d’une ligne droite à l’horizon. C’est même plutôt le contraire : un petit sentier en lacets qui demande de se délester au passage du superflu, et à ralentir le pas suffisamment pour écouter. Pour regarder. Et surtout pour voir. Mais il est aussi empreint de douceur, ce chemin qui permet de renouer avec le temps — avec la vie. C’est une voie qui peut sembler radicale vu le monde dans lequel nous évoluons, je ne vais pas dire le contraire, et pourtant…
S’offrir de l’espace et du temps ne devrait pas être un luxe réservé à une autre vie.
Je crois que notre vie, comme la nature, a ses propres saisons, et que nous fonctionnons par cycles. Certaines saisons de la vie appellent au repos, et d'autres à l'expression. Et notre erreur est de nous juger extrêmement durement lorsque l’on ne parvient pas à tenir le même rythme ad aeternam. Ce sont deux modes vies totalement opposés, mais il nous reste la liberté de choisir — construire — la manière d’exister qui nous appelle. Et comme tout conditionnement, cela nécessite tout un processus de “désapprentissage”, mais ce n’est pas cher payé pour enfin mener une vie plus respectueuse de nos besoins et de notre rythme biologique.
J’appelle ça le retour à l’essentiel. Choisir, autant que possible, ce qui nous fait du bien et ce qui sonne juste. Se libérer des comparaisons et des injonctions pour suivre notre propre courant en toute confiance. S’écouter, se respecter, sans s’excuser. Cela crée une sorte de fluidité de l’existence, qui débloque petit à petit ce qui nous semblait manquer à notre vie : davantage de sens, de compassion, de beauté, d’amour de soi. Choisir la présence plutôt que la performance, accepter nos joies comme nos larmes. La rébellion des temps modernes :)
Ce n’est pas toujours très confortable, mais après tout, rien ne fleurit en permanence. Le temps peut devenir un allié plutôt qu’un ennemi, et la seule chose qui sépare les deux c’est… notre qualité de présence dans les moments qui comptent.
— veronica