Ce que ça fait de se réconcilier avec soi-même et d’exister en entier

Ce texte fait partie du Chemin de traverse, une série de cinq essais consacrés au retour à soi.


Je me souviens que, lorsque j’errais sur ce chemin, je me demandais : comment sait-on que l’on s’est réconcilié avec soi-même ? Je me disais que ça changeait forcément tout (et ça me faisait peur). Mais en fait, le changement est presque imperceptible au début. Tellement discret que l’on ne s’en rend même pas forcément compte, jusqu’au jour où l’on réalise tout à coup qu’oser être soi est devenu un peu moins angoissant.

Garder le silence nous fait un peu moins peur (et on se surprend même à trouver cela agréable), et nous mettons davantage d’intention dans nos paroles. Parler moins, mais y mettre plus de sens et de vérité. Et surtout, surtout, la vraie différence, c’est que l’on ne s’excuse plus d’exister.

Nous avons appris, bien malgré nous, à associer le fait de se sentir bien avec le fait d’atteindre (et d’attendre) toujours plus : plus de confiance, plus de courage, plus de valeur, plus de reconnaissance… Et surtout plus de soi. Certaines expressions largement utilisées font d’ailleurs plus de bien que de mal, notamment le fameux (et détestable) “deviens la meilleure version de toi-même”. Le problème, c’est que dans “devenir”, il y a “ce que vous n’êtes pas”. Alors que pour oser exister en entier, nous n’avons pas besoin de plus. Nous avons surtout besoin de moins.

Moins de jugements envers soi-même, moins d’attentes et moins de pression, aussi. Moins de comparaison, évidemment, qui est un véritable poison pour l’estime de soi. Et davantage d’exploration de notre personnalité, de nos valeurs, de nos chagrins, de nos aspirations. Je sais que nous avons tous tendance à nous détourner de ce qui nous gêne ou nous met mal à l’aise, surtout lorsqu’il s’agit de parts de soi, et que la solitude peut sembler effrayante. Pourtant, la plus sûre façon de s’aimer un peu plus (et un peu mieux), c’est précisément d’aller à la rencontre de tout ce qui fait que nous sommes nous. La lumière comme les parts d’ombre, les fiertés autant que les petites hontes — celles que l’on cache dans un recoin de son cœur en prétendant qu’elles n’existent pas.

Exister en entier, cela ne veut pas dire courir après une perfection illusoire. Nous n’avons pas besoin d’être “complets” pour être heureux, au contraire, même : être en devenir, en friche, en construction permanente, c’est normal (et passionnant). Ce qui donne la sensation délicieuse d’être soi-même, d’être fier de ce que l’on est, c’est surtout l’acceptation. Accepter que nous sommes plein de contradictions et de paradoxes, tout autant que de belles choses. Accepter que notre sensibilité cohabite avec de l’intensité, accepter que notre rythme soit à l’opposé de la culture du fast dans laquelle nous baignons, accepter que le besoin de tout comprendre vient avec de l’incertitude permanente, accepter qu’avec les rires viennent les larmes.

Et accepter que notre complexité repousse les gens qui ne sont pas en mesure de nous comprendre. Cette solitude-là, je sais à quel point elle est déchirante… Mais au bout de ce chemin de traverse, il y a la rencontre la plus importante d’une vie : soi-même. Celle qui transforme la trajectoire d’une vie, et qui mène à la joie d’exister — enfin — en entier.

— veronica


À ce sujet, un compagnon arrive bientôt (une immersion audio) si vous souhaitez explorer ce chemin de manière plus complète.

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